Nobodisoundz : "L’idée d’art total me préoccupe..."

interview réalisée par LeCrapaud (Romain Breton) pour le webzine IRM et publié sur ce même webzine  le 27.09.2013 (http://www.indierockmag.com/article23228.html)

Philippe Neau, l’homme qui se cache derrière l’avatar Nobodisoundz, est un artiste expérimental. Vous le connaissez peut-être par sa pratique picturale, première et fondamentale chez lui, ou peut-être via sa musique, dont nous relayions hier la sortie d’un nouvel EP, Songes d’une nuit d’éther. Vous avez peut-être également vu une de ses vidéos (la sortie de la dernière est d’ailleurs couplée avec l’album). Enfin, vous étiez peut-être un des élèves à qui il a enseigné les arts plastiques. Mais peut-être ne le connaissez-vous tout simplement pas. C’est donc pour faire la lumière sur cet obscur créateur que nous avons souhaité le rencontrer, sachant également qu’allait bientôt paraître une nouvelle instance de sa boulimie productive.

C’est à Sablé-sur-Sarthe que nous nous sommes retrouvés, dans un bar, à deux pas du lycée où il enseigne. S’en est suivi un long échange autour de sa pratique, son parcours, sa vision de l’art et de la musique en particulier. Une discussion qui permettra à chacun de découvrir le bonhomme, de comprendre sa démarche artistique et même, éventuellement, de stimuler sa réflexion sur l’art et le statut de l’artiste. Nobodisoundz est, bien qu’il s’en défende, une figure iconoclaste du monde de la musique. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, son œuvre intrigue. Expérimentale, nous disions. Et bien justement, "expérience", c’est le mot qui permet de faire le lien entre l’activité créatrice de l’artiste et la réception active à laquelle doit s’adonner le spectateur pour entrer dans l’univers où les deux pôles constitutifs de l’œuvre se rejoignent : l’expérience, là où le public et l’artiste fusionnent...

- IRM : Au départ, tu es un peintre, un plasticien, comment en es-tu venu à faire de la musique ?
Philippe Neau : Ça vient des installations. Ma pratique de la peinture a toujours été non conventionnelle, un peu en dehors du châssis, dans l’espace. Au fur et à mesure j’en suis arrivé à faire des installations et j’ai commencé à prendre des morceaux chez certains compositeurs, dans des trucs que j’écoutais. Après j’ai commencé à en découper des petits bouts avec Audacity et de fil en aiguille ça a pris de plus en plus de place. Après, je dois remercier ceux qui m’ont influencé dans cette voie. Simon (alias Monsieur Saï) qui m’a filé Fruity Loops et Yann (Giraud, prof de philo et mélomane dans le même bahut) avec qui j’ai fait deux trois fois de la musique. On faisait les cons avec des platines, des choses comme ça... et je me suis dit que ça pouvait se faire. Ensuite je me suis mis à Ableton Live et le son est devenu quelque chose de plus en plus important, dans cette idée de créer un environnement avec l’installation. Un environnement, pour que le spectateur puisse rentrer dans la peinture. Le son a pris cette place là. Comme la vidéo, qui est venue dans le même temps. Peu à peu, je me suis passé des samples. J’arrivais pas à avoir ce que je voulais. Alors j’ai commencé à utiliser la banque de sons de Live et à faire des enregistrements avec mon téléphone. Et petit à petit, c’est devenu autonome. Il y a des morceaux qui fonctionnent tout seuls et d’autres qui ne fonctionnent qu’avec les images.

- À quel moment, justement, tu t’es dit que ta production musicale pouvait devenir indépendante par rapport aux installations ?
Ça s’est fait tout seul. En fait, à force de faire, tu accumules des trucs. Je créais des sons spécialement pour mes expos et parfois, pour m’amuser, je faisais des morceaux qui n’étaient pas rattachés à une image ou une installation. Après, en découvrant sur internet des blogs et certains netlabels que j’ai écoutés, j’ai envoyé des démos. Ça s’est fait comme ça, à partir d’une masse qui ne servait à rien.
Quand j’ai admis que ça pouvait exister tout seul, j’ai commencé à compiler ces morceaux, à les rassembler dans des familles pour que ça devienne éventuellement des disques ou je sais pas quoi...

- Il n’y a donc pas eu de déclic, de moment où tu t’es dit que ça tenait la route...
En fait, c’est à force de discuter avec des gens qui sont là-dedans, qui en produisent. Les netlabels essaient d’avoir une ligne et comme il y a eu cet écho là, tiens, je me suis dit que ça pouvait tenir la route, que ça pouvait « plaire » ou du moins, que ça tient. Surtout avec le mec d’Echomania chez qui j’ai sorti un album. C’est lui qui a accroché et avec qui j’ai discuté durant un an mais que sur des trucs de samples. Il m’a dit « ouais ça me plaît, il y a quelque chose là-dedans, si un jour tu veux sortir un truc, tu m’en parles » et j’ai travaillé d’autres choses, plus personnelles, avec des sons plus à moi. La rencontre avec Cyesm a aussi été importante. Je l’avais rencontré un été et lui avais fait écouter des trucs, là encore, uniquement composés de samples, et à force de discuter, je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose qui se passait, que ça pouvait exister, et à partir de là je n’ai fait qu’en reconstruire d’autres et j’ai cherché à les diffuser à travers le petit réseau que j’avais commencé à me faire. Dream Escape est le premier album sorti sur Echomania, puis ensuite il y a eu Invocation. J’avais déjà pas mal de choses sur Bandcamp. J’ai fait disparaître ce qui était à base de samples et j’ai laissé ce qui était entièrement à moi.

- Comment tu crées ta musique ?
La production est faite sur ordinateur. Chez moi, j’ai un ordinateur, en bas. Et à l’étage, un piano et une guitare électrique. J’ai aussi un piano droit dans ma chambre. Alors parfois, j’enregistre des sons là-haut sur les pianos. Je pianote, je tape quelques notes... je fais aussi beaucoup d’enregistrements avec mon téléphone, je capte des sons ambiants. Ça peut être dans les musées, dans la rue, dans la forêt, etc. Et après je mets tout ça sur l’ordinateur et je rebidouille avec Ableton Live. J’ai une APC 40, donc parfois il arrive que je joue, j’envoie des morceaux. Mais ce n’est pas régulier. La plupart du temps, le bidouillage se fait à la souris. Je prends les sons, je les inverse, je colle des effets, assez basiques.

- Tu n’as pas de production spontanée, au sens où tu ne fais pas de prise d’instrument live ?
C’est ce que je fais avec les pianos. Mais ensuite, je procède à une sorte de collage sur ordinateur. C’est plutôt une démarche de plasticien. J’ai aucune connaissance scolaire de la musique, du solfège, etc. Tout ça devient une matière dans laquelle je vais puiser, à partir de laquelle je fais des découpages puis des collages. Comme en peinture, je mets des couches, j’essaie de faire vivre ces couches les unes par rapport aux autres. Ensuite j’essaie de trouver une continuité, une durée... mais c’est d’abord un collage. Il y a aussi une part de ma création qui est liée à l’accident. Parfois, je m’échauffe sur le piano, je cherche des trucs, quand j’ai trouvé quelque chose, j’enregistre. Et puis il y a les enfants qui passent dans le couloir... « Ding, ding, ding », ils m’entendent jouer, alors ils se baladent avec leur tambour. Et ça je le garde, ça peut être réutilisé. Les seuls trucs que j’efface, c’est quand mon portable se met à sonner et que ça fait un parasite avec le clavier...
En ce moment, je travaille sur une vidéo [qui deviendra les Songes d’une nuit d’éther , ndlr]. Elle a un statut particulier dans mon travail, un statut bâtard. J’ai déjà fait des sortes de clips, des vidéos qui sont associées à des morceaux. Mais celle-là dans la tête c’est encore autre chose. Je sais pas ce que c’est encore vraiment. Bref j’ai fait un montage d’images. J’ai projeté le montage sur un mur et j’ai joué en même temps une sorte de drone au piano, en direct, sur les images.
J’ai un stock d’images et de temps en temps j’en attrape quelques-unes et je les bidouille. Je colle du son dessus pour créer une atmosphère. C’est une extension à la fois de la musique et de la peinture. C’est venu un peu avant la musique.

- Est-ce que c’est une question d’expression ? Tu voulais exprimer autre chose à travers la musique ?
C’est de l’ordre de l’expression. Mes installations sont liées à ce que je vis. Quelque part, j’essaie de reproduire du côté du spectateur « l’ambiance » qu’il peut y avoir dans mon atelier. Je travaille par terre, je peins au sol. Y en a partout. J’essaie de reproduire cette impression là, d’un truc vivant, en mouvement, avec plein de choses partout et le son a toujours été présent parce que j’ai toujours écouté de la musique. Mon travail sur le son vient de là. À force d’écouter je me suis approprié cette matière. Dans mon atelier je récupère tout ce qui se trouve. Le torchis, la poussière, je vais chercher des morceaux de bois, des feuilles, des ardoises et tout ça va dans la peinture. Le son était là aussi, donc je l’ai intégré. L’image vidéographique, c’est différent, c’est pas la même source.

- Quel était ton intention, de reproduire l’atelier, que l’œuvre soit l’atelier ou plutôt que l’atelier soit œuvre ?
Non. Il s’agissait de retrouver l’énergie, le fait que la peinture ne soit pas un cadre, un carré. C’est pas simplement une surface, mais un espace entier. De la 3D. Une circulation qui se fait à l’intérieur.

 - Ton œuvre est donc un espace. Un environnent ? Ce n’est donc pas un hasard si tu considères ta musique comme des « paysages sonores » (soundscapes) ?
En fait, c’est en naviguant sur les netlabels que j’ai vu que je rentrais dans cette catégorie. C’est pas vraiment le qualificatif que j’aurais trouvé. Sur Bandcamp, c’est marqué « expérimental », c’est fourre-tout, c’est simple. Et puis dans l’idée d’expérimental, il y a « non-commercial », et ça j’aime bien. C’est quand j’ai été produit sur les netlabels, qu’on a commencé à appeler ça soundscape. Mais ça me convient tout à fait. Parce qu’au départ ma peinture c’est une sorte de paysage mental. La plupart des sources d’image de mes vidéos sont des paysages. Je me suis approprié au fur et à mesure ce thème de l’espace.

- Je me souviens d’une de tes expositions qui avait pour nom « Muori », qui est le nom d’une île, il y avait déjà cette thématique de l’espace, du lieu, du territoire...
Oui, ça a toujours été présent

- Ce n’est donc pas étonnant que ta musique puisse être qualifiée d’ambient, car cette idée d’ambiance rappelle celle d’un environnement, et donc ici un environnement sonore ? Ce qui explique peut-être le fait qu’il n’y ait pas d’éléments qui apparaissent au premier plan dans ta musique, de choses qui ressortent à partir d’un fond, car ta musique est le fond...
Encore une fois, tout est lié à l’installation et à la volonté de créer une circulation dans l’environnement, notamment par la musique. Mes morceaux sont courts, mais mis bout à bout, les albums durent environ 30 minutes. Durant ces 30 minutes, on passe par différentes ambiances, des modulations. Et cette lenteur ambiante, ce rythme particulier que je crée invite à se laisser aller dans un imaginaire. C’est cette immersion méditative ou imaginative que je cherche également à produire avec ma peinture. Il n’y a pas de message, c’est une évocation dont le spectateur peut s’emparer. Il y a la volonté de laisser une liberté à l’imaginaire.

- Ton souhait est-il d’amener le spectateur à développer son propre imaginaire à partir de tes œuvres plutôt que de lui donner quelque chose qu’il aurait à prendre et qui le laisserait dans une posture passive ?
Oui, il s’agît d’une suggestion. Ça ouvre vers un imaginaire grâce à une suggestion, une atmosphère, un climat, mais il n’y a pas de narration. Si les morceaux sont organisés par titres dans les albums, comme dans Darkk Lux Runner où il y a un texte qui apparaît mais qui reste évocateur : l’ombre, la lumière, le paysage.

- C’est comme si ton œuvre était un cadre, un cadre au sein duquel on se déplace...
Oui.

- Du coup, est-ce que l’œuvre existe dans l’esprit du spectateur qui développe son imagination à partir du cadre dans lequel ton œuvre l’inscrit ou est-ce que tu penses que le cadre se suffit à lui-même ?
On ne peut pas prédire ce qui va se produire dans l’esprit du spectateur. Et on n’a rarement des retours sur ça, c’est quelque chose d’assez intime. S’il se passe quelque chose tant mieux, sinon tant pis. Mais je ne cherche pas à faire réagir d’une certaine façon. Ce que je fait, c’est d’abord pour moi. Ma peinture, elle est d’abord pour moi. Je vis avec mes peintures chez moi, je les change de place, elles font partie de mon quotidien. J’ai besoin de me confronter à l’autre mais je ne discute pas forcément de ce que cela évoque chez les autres. J’ai avant tout besoin de faire et ensuite de percevoir ce que j’ai fait. L’ailleurs que cela produit chez le spectateur, je ne le maîtrise pas et ce n’est pas le plus important.
Mes morceaux sont courts pour de l’ambient. Au bout de 3 minutes, je m’arrête. C’est pas par fainéantise, mais plutôt parce que je m’ennuierais si ça durait plus longtemps. Mes vidéos, c’est pareil. Je veux que ce soit saisissable tout de suite et que ce soit l’accumulation qui produise l’ailleurs. Ce n’est donc pas seulement le spectateur qui a à s’évader vers un ailleurs, c’est l’ensemble qui donne déjà un univers. La plupart des choses que j’expose cohabitent autour de moi. Je suis comme une éponge. Sur une de mes séries de peintures assez sombre, c’est le torchis de mon plafond qui est tombé. Pour les sons, s’il y a du bruit, du vent, ou le coq du voisin, c’est parce que j’ai enregistré ça sur ma terrasse. Je récupère ces éléments qui m’entourent et je les noie dans une masse de façon à ce que cette part autobiographique disparaisse. Il n’y a que moi qui la connaît. Certaines personnes peuvent reconnaître certaines choses, mais c’est pas important. Ça vient de mon réel et c’est intégré dans un ensemble qui en fait quelque chose d’autre, un univers, mon univers.
 Ma profession a aussi joué un rôle dans ma production. Certains sujets que je donne à mes élèves me travaillent. Sans que je sois incité, obligé à répondre au sujet, ça macère en moi et puis, tac, c’est rentré dans mon travail. L’idée d’art total me préoccupe. Cette idée d’environnement offre quelque chose de complet au niveau des sensations. Je veux reproduire l’énergie qui règne dans mon atelier quand la peinture est en train de se faire. Un peu à la Pollock. Sa peinture m’a beaucoup marqué. Être dedans, avoir les pieds dedans, marcher dedans...

- Tu m’as dit, pas de narration, pas de choses racontées, tu ne cherches donc pas à exprimer quoi que ce soit, même pas un état d’esprit ? Tu ne cherches pas vraiment à révéler le fond de ton cœur...
Non, pas vraiment. Je suis impliqué par les éléments autobiographiques, il y a pas mal de choses anecdotiques que je peux identifier. En ce qui concerne la noirceur de mes dernières peintures, on m’a récemment demandé si j’étais déprimé. Pas du tout ! La mélancolie est un sentiment qui ne m’est complètement étranger, il m’intéresse d’un point de vue intellectuel, mais ce n’est pas ma mélancolie que je cherche à représenter sur la toile.

- Je sais que la progression de ton travail est très lente, les différentes phases de ta production durent souvent plusieurs années avant que tu passes à autre chose. Tu as eu une période bleue qui a duré longtemps et là tu es passé à quelque chose de plus sombre, est-ce que c’est relatif à des changements dans ton environnement ?
Maintenant, c’est radical, c’est soit noir, soit blanc ou les deux. Tu dis « plus sombre », mais je n’ai pas cette impression. Au départ, c’est un travail sur le blanc qui fonctionne par flux et reflux. Ça a toujours été comme ça. Déjà aux Beaux-Arts, c’était comme ça. Comme si je n’avais qu’une seule idée que j’explore, puis il y en a une qui vient, je l’explore et puis, paf, je reviens en arrière sur ma première idée parce que j’ai été nourri par la seconde. C’est un travail qui s’auto-engendre et qui évolue au fil des rencontres que je fais, des expos que je vois, etc.

- Mais qu’est-ce qui provoque les ruptures entre les séries. Il n’y a pas eu un basculement dans le dark ?
Dans le dark, non. Mais il y a eu un basculement vers le paysage. Je m’en suis rendu compte avec mes peintures bleues. C’était très plat, un espace plan et je me suis rendu compte que ça basculait vers l’étendue. En ce qui concerne le « dark », c’est venu par les pochettes de Brian Eno, les Music For Apollo [en fait, Apollo : Atmospheres and Soundtracks, ndrl], ce sont des images de planètes, des paysages lunaires, assez sombres, et le noir est venu comme ça, par cet espèce d’imaginaire. Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas de connotation psychanalytique ou psychologique vis-à-vis de moi, mais je n’ai pas cherché à fouiller de ce côté et ça ne m’intéresse pas vraiment. Cette ambiance s’est imposée à moi comme le bleu s’était imposé plusieurs années avant.

- Comment tu fais pour t’approprier cette œuvre dont tu sembles te détacher complètement ? Je pense en particulier à la musique qui est constituée de bouts de réel, de field recordings, des choses qui ne sont pas à toi au départ. Comment tu fais pour les considérer comme tiennes ?
C’est le temps passé à le faire et surtout le choix. Ma musique résulte d’un choix parmi les sons que je récupère, un choix pour les mettre ensemble, pour les trafiquer, les triturer, c’est comme ça que je me l’approprie. C’est aussi la cohérence de l’ensemble. Si tu réécoutes mes premiers morceaux et ensuite les derniers, tu peux reconnaître que c’est issu de la même personne. C’est cette cohérence qui fait que je sais que c’est à moi, que c’est le prolongement d’un travail que je mène depuis longtemps. Ma personnalité apparaît aussi de manière négative, à travers ce que je refuse de faire : la narration, le fait de dire quelque chose ou de dénoncer. Pour moi le son est une masse, un peu comme un sculpteur, je taille dedans, je fais des choix, je garde des choses et en retire d’autres, c’est comme ça que je me l’approprie.

- Autre chose, soyons clair, tu n’es pas musicien et tu fais de la musique, est-ce que tu as un propos pour justifier cette approche de la musique ?
Je fais une musique de plasticien en fait. Déjà dans ma peinture, j’aime détourner la connaissance technique pour me situer dans une pratique sans savoir-faire. Avec le son, je n’ai aucun savoir technique, mais j’ai une attirance qui est là depuis longtemps. Grâce aux machines, on peut avoir une approche, une réelle prise sur le son, sans maîtriser les codes traditionnels de la musique. Il y a juste à tourner des potards... Ma pratique se fait la nuit, au casque, dans mon salon, je n’ai pas vraiment de lieu dédié à la musique et je réagis comme un plasticien sur un matériau sonore tiré de mon quotidien, ces fameuses choses que j’enregistre avec mon téléphone. Je trafique les sons et arrive à une texture qui me plaît. Ça s’arrête là. Ensuite, ce qui est très important pour moi, c’est la cohérence de l’ensemble. Ce non-savoir-faire, qui peut choquer ou embêter les « vrais » musiciens, n’est pas non plus la marque d’une attitude volontairement iconoclaste, du mec qu’est là pour casser des codes, remettre en question les pratiques, critiquer les savoirs techniques. Même si je ne sais pas faire, ce que je fais, je le fais sérieusement. J’ai aussi cette approche un peu naïve de la création qui laisse une part au hasard, à l’accident et de laquelle tu constates qu’il se passe quelque chose, de manière un peu magique. Et à force de faire sans savoir-faire, il y a un certain savoir-faire qui en découle, par l’expérience. C’est aussi en ce sens que j’entends « expérimental », c’est une « expérience » pour moi. Maintenant, j’arrive à situer mon son, ma pratique, ce que j’aime et ce que je n’aime pas.

- Qu’est-ce qui fait de quelqu’un un artiste, selon toi ?
C’est avant tout la pratique. N’importe qui peut être peintre ou musicien, ce qui compte, c’est de faire des choses. D’accumuler un travail, une œuvre, de prendre du recul, voir si quelque chose se passe ou non. Ce quelque chose, il est guidé par la pensée, mais se manifeste dans le "faire". C’est dans le "faire" qu’apparaît la logique d’une pratique, pas forcément dans un concept ou un plan pensés en amont.

- C’est une démarche qui va à l’encontre de la professionnalisation de l’artiste, celui qui fonctionne par commandes et qui y répond avec des plans, un budget, un cahier des charges...
Oui, et c’est tout fait conscient de ma part. Ça va aussi contre l’idée de pouvoir vivre de cette pratique. Quand tu ne veux faire que cela, si tu veux en vivre et si tu commences à faire quelque chose qui plaît, alors tu vas appliquer une recette et répéter la même chose vingt, trente fois, parce que tu sais que tu vas pouvoir vendre. Je ne suis pas contre, mais je n’ai pas besoin de ça.

- Donc, pour toi, quel serait le critère de qualité qui prévaudrait à la publication d’une œuvre chez un artiste en devenir ?
Encore une fois, je crois que c’est la masse de travaux accomplie. Le mec qui a passé dix ans de sa vie à travailler une pratique, tu peux te dire qu’il est travaillé par quelque chose. Et puis ensuite, il y a la confrontation à l’autre. C’est par les retours de gens du milieu ou d’amateurs éclairés que tu vas pouvoir, en quelque sorte, légitimer ta pratique. C’est souvent les autres qui vont te révéler ce qui est important dans ton œuvre et peut-être aussi, du même coup, ce qui te travaille à l’intérieur depuis tant de temps. C’est l’écho que ça provoque chez l’autre qui est important. Moi, actuellement, ce que je souhaiterais, c’est un écho plus institutionnel, dans le milieu professionnel. Pas que je veuille devenir pro, mais plutôt pour atteindre une forme de reconnaissance. Avec cette reconnaissance, il y a l’adéquation qui me semble nécessaire pour un artiste : la masse, le propos (le fait de savoir parler de son propre travail), le fait de savoir se situer par rapport à une histoire de l’art et l’écho dans différents types de publics.

- C’est assez long du coup...
Oui, c’est long, on ne sait pas du jour au lendemain si ce qu’on fait vaut quelque chose. Pour moi, c’est long, mais c’est aussi lié au fait que mon travail se développe lentement. Il n’y a pas d’urgence. Quand je suis sorti des Beaux-Arts, on m’a dit que j’étais trop jeune. Je ne pouvais pas me permettre d’attendre d’avoir « l’âge » pour vendre, il fallait que je bouffe alors je suis devenu prof, parce que je savais que ça me plairait et que ça me laisserait le temps de développer mon travail. Maintenant, quand je regarde ce que j’ai fait depuis vingt ans, je suis assez content, j’ai avancé, mon travail a évolué et au moins je n’ai pas la contrainte économique qui m’obligerait à changer d’esthétique ou à rester sur quelque chose qui marche.

- Et en ce qui concerne la musique gratuite, ce qui est le cas de la tienne, que penses-tu ?
Il y a plusieurs trucs : gratuit c’est bien, parce que ça permet de diffuser facilement, non seulement par rapport au type de musique que je fais (j’ai peu d’espoir quant à mon avenir commercial) et aussi parce que ça m’évite de déclarer des droits pour les samples. Par ailleurs, j’aimerais bien faire du physique, c’est sûr, parce que l’aspect visuel et l’objet m’intéressent. Mais après, le gratuit, c’est aussi parce que j’en écoute beaucoup. Ça m’arrive de pirater et quand ça me plaît vraiment, j’achète. Pour moi internet est une sorte de grande médiathèque. Mais je fais du ménage au fur et à mesure. En fait, je pirate autant qu’à l’époque où je copiais les disques sur cassettes. La différence, c’est qu’avec internet, la source est énorme et que tu peux la repartager, ce que je ne fais pas. Vis-à-vis de ma production, que la musique soit gratuite était une évidence pour moi, c’est quand même beaucoup plus simple et ça va beaucoup plus vite que si de l’argent était impliqué. Je n’en serais peut-être qu’à ma première sortie si j’avais suivi le cheminement « traditionnel » de la production musicale ou si j’avais voulu faire du physique. Je comprends ceux qui souhaitent vivre de leur musique et pour qui le piratage est un problème, mais je n’ai pas de point de vue à ce sujet, cela ne me concerne pas. Je me situe clairement hors du cadre commercial de la musique.

- Pour terminer, je reviens sur quelque chose de plus concret : les labels. Tu es passé par différents labels, peux-tu revenir sur tes pérégrinations, nous parler un peu de ces maisons, de tes rencontres avec elles ?
Il y a Echomania, c’est un label biélorusse. C’est un jeune gars (Eugene, alias Crypture) qui le gère, mais il est un peu en stand by là. Il avait écouté mes sons sur Bandcamp et ça lui plaisait bien. C’est lui qui m’a proposé de faire quelque chose avec lui. J’avais découvert ce label sur Chroniques électroniques. J’avais fait quelque chose de plus complet, et c’est cet album qu’il a voulu éditer. Ensuite j’ai participé à des compilations sur Petroglyph Music (label scandinave tenu par Rune Martinsen et Oystein Jorgensen), un contact que j’ai eu par Ambiant Konnekt via Soundcloud, Charming Sepulcher du regretté Have Faith In Sound de Kevin, Sillage Intemporel... Après, j’ai rencontré, par mail à nouveau, Joseph Ba, qui a sorti Invocation sur le label grec Etched Traumas. Il m’a recontacté cet été pour savoir si j’avais de nouvelles choses à lui proposer. Il devrait donc y avoir des sorties chez lui cet automne (en partenariat avec Michel Kristof et Other Matter). Ensuite, grâce à facebook, j’ai rencontré Dirk Geiger de Format Noise, je lui fait écouter mon son, ça lui a plu et on a sorti un premier EP. Enfin, pour Nowaki, c’est en discutant d’un disque avec un artiste peintre (Philippe Lamy) qui fait aussi du field recording que j’ai obtenu ce contact. Là pareil, ça a plu à Marc Jolibois (Traqueurs de combes, entre autres), il m’a demandé si j’avais quelque chose à lui proposer et en deux mois c’était fait ! Mine de rien, grâce à internet, c’est beaucoup plus simple que pour la peinture. Il n’y a pas d’enjeu financier, ça reste en numérique, ça va vite !

- Avec Nowaki, tu as sorti Darkk Lux Runner. Le visuel est très différent de ce que tu avais fait avant.
Oui, ici c’est de la photo. Certains netlabels ont un contrôle sur le visuel et c’est le cas de Nowaki. Tu fournis l’image et ils ajoutent un bandeau qui est le même sur tous leurs albums. Mais le choix de la photo était personnel. Au départ, tous mes visuels étaient des dessins. Je voulais que ce soit graphique et même, au départ, je recyclais des œuvres d’art en les triturant à ma façon et en les noyant dans le dessin. Mais ça m’a vite semblé foireux. Alors j’ai utilisé le logiciel de dessin que j’ai dans mon téléphone : j’imprimais, je redessinais au crayon, je scannais et je reprenais sur le logiciel, ça faisait des allers-retours comme ça, pendant un certain temps. Puis, quand j’ai fait Invocation, c’est Joseph de Etched Traumas qui a fait la pochette en puisant dans mes peintures. Ça marchait bien et je me suis dit que ça pouvait être autre chose que du dessin, alors j’ai commencé à faire des collections de photos pour des éventuelles pochettes.

- Pour conclure, je voudrais revenir sur ta musique en elle-même et la manière dont elle est perçue. À mon avis, elle est assez difficile d’accès. Est-ce que tu penses qu’il y a des conditions nécessaires à remplir pour apprécier ta musique ?
Question piège ! C’est sûr qu’il faut être disponible. Moi ça m’arrive de l’écouter en voiture. C’est comme pour la peinture, je vis avec et il faut que je me l’approprie en l’écoutant souvent quand je suis seul sur la route (je ne l’impose pas à mes enfants, déjà qu’ils supportent mal France Inter...).

- Je me disais que c’était justement le genre de musique impossible à écouter en voiture à cause des bruits de moteur et autres qui viennent parasiter l’écoute.
Je suis habitué en fait et puis je mets ça très fort ! C’est pas les meilleures conditions, c’est sûr, mais ça permet d’être dedans, de ressentir le son en soi. Mais c’est vrai que pour quelqu’un qui ne connaît pas ou qui n’est pas habitué à ce type de musique, il vaut mieux se plonger dans le noir et l’écouter au casque... Je crois que si tu fais autre chose en même temps, ça va vite te prendre la tête.

- Et au fait « Nobodisoundz », ca vient d’où ?
C’est un pseudo qui me parlait plus que d’autres. J’aimais bien la référence au personnage de Dead Man, cet indien soi-disant inculte qui récite des poèmes de William Blake. Je trouvais que l’étrangeté de la chose, ce renversement, et le choc ou l’amusement qu’il peut y avoir face à cette inversion des rôles, étaient intéressants. Et puis, « nobodisoundz » parce qu’il y avait « no » [entendre « Neau », ndrl] dedans. C’est aussi le son de « personne », l’idée d’une disparition derrière le son, peut-être celle d’un savoir-faire, celle aussi de la narration. Ce film m’intéressait aussi parce que c’est une dérive dans le paysage, ça rejoint mon travail. Et c’est en noir et blanc... C’est ce mélange de choses qui m’a plu.

Interviews - 27.09.2013 par Le Crapaud

peinture : tiera oscura et wild white planet


Mon travail prend la forme d’installations plus ou moins grandes selon l’espace,  s’adaptent au lieu et en épousent les formes. Des toiles, des éléments et des matières naturelles ou plastiques, de la vidéo et du son se déploient en tous sens.

Le  tableau se crée véritablement en trois dimensions pour que le spectateur pénètre bien au centre du dispositif. La peinture se multiplie, se répand, s’épanche, s’accroît  grâce aux surfaces, aux formes, aux structures, aux textures, aux images mobiles, aux matières sonores déposées comme si le tableau éclatait.
Tout devient espace pictural plein ou total comme une peinture « all around » (selon les mots d’Eric Troncy).

Les peintures, sur châssis ou sur toiles libres, sont travaillées en épaisseur, intègrent des matériaux différents et non nobles comme la poussière, le torchis, les bambous, la ficelle, le papier, le carton, l’herbe, le bois, les feuille. Les surfaces prennent corps, deviennent granuleuses et fluides, arborent des couleurs denses, brillantes ou ternes toujours saturées - le noir et/ou le blanc dans les dernières séries. Cette texture permet un jeu de regards car les noirs ne sont pas aussi noirs au fil de la journée.

Autour des toiles, comme si elles s’en échappaient des matières gravitent. Elles  s’agglutinent, occupent les interstices, les recoins de chaque mur, du sol jusqu’au plafond. Ces éléments sont des objets trouvés dans l’atelier ou la maison, des outils, des palettes, des surfaces ou des choses reconnaissables décontextualisées qui rythment la vision, la scandent et cassent la logique du tableau et son rapport à l’espace qui l’entoure.

La vidéo amplifie les textures et rend les motifs moins reconnaissables encore, plus mystérieux, plus abstraits tout comme le son offre un mélange de bruits, de sonorités industrielles ou naturelles, de mélodies syncopées ou de rythmes décalés qui apparaissent comme une respiration dans ce méandre pictural.

Tout cela participe à la création d’une atmosphère, d’un paysage mental où déambule le spectateur.


rADicaL STateMentS

 paysage mental, espace pictural total


_ faire un lieu pictural.
_ éclatement du tableau dans le lieu.
_
peinture, matière épaisse couches empattements fluides.

_ couleurs saturées vives.
_ objets, matières textures et formes évocatrices enduits de peinture.

_ vidéo texturées motifs entre lisibilité/visibilité et mal.
_ sons ambiants concrets planants agressifs atmosphériques.

sTAtemeNTs

- installation : plusieurs tableaux/objets/matière/sons/vidéos occupent l'espace, s'adaptent au lieu, avec un lieu.

- peinture : installation = occuper l’espace avec des toiles aux formats variables ; au sol, au mur, au plafond ; taille en fonction du lieu ; pour le lieu.

- peinture : couleurs fortes. matière qui attire la lumière. textures. noir, blanc. épaisseur/fluidité. grain/empâtements/giclures/coulures.
- objets + matières aux formes qui interpellent. trouvés un peu au hasard. entrant/sortant du tableau. aller/retour. dialogue. 


- vidéo : images mobiles retouchées, aux qualités expressives. textures et motifs présents, entremêlés. narratif parfois. non illustratif.

- son travaillé dans la vidéo ou autonome. sons industriels, concrets, planants, agressifs. mélodie syncopée. créer une atmosphère.

- englober le spectateur, le faire entrer dans le tableau. déambuler dans l’espace.

- "paysage mental".

Tiera oscura 1.2.0





Suggestions, impressions nées du plafond de l’atelier exsangue, d’où ruissèle une fine poussière étoilée à même la toile comme au milieu de la zone de Stalker, là où gisent en amas ces gravats, lieu inhabité pleinement présent. Des images de nature luxuriante, sauvage mais polluée pleine de crasse perdue entre l’expression naturelle et le post-industriel.

Terres brûlées et arides de la lune comme celles des autres planètes inconnues aperçues en rêve lors des sessions musicales pour Apollo.
Une balade entre vie et mort de dead man dans ce paysage mental rugueux, parfois hostile, succombant au rythme lent et lancinant de l’errance.
Le souvenir des blacks paintings d’Ad Reinhardt. Juste à regarder. Et plonger.
La camera obscura est le lieu privilégié du regard sur les alentours. Juste pour percevoir autre chose, entre présence et absence, dans une ambiance mystérieuse. Etrange évocation.


PN.f.N.P.

(Philippe Neau, Fabienne Neau Papineau)

the white wild planet (installation 1.0)


Dans ma tête, cet amas de gravats, puissant agglomérat d'une matière en devenir, blanchâtre, poussiéreuse, irrégulière, féconde et fascinante.
Et dans ma mémoire : plus aucun bruit.
Seul le souvenir douloureux du soc, le corps engourdi mais la tête légère.
Comme un fort sentiment d’apesanteur qui projette au loin les idées,
ailleurs en suspension.
Ce blanc silence.
Celui du mur, du tableau quand vient l’énergie fulgurante de Samo,
en décembre la neige.
Et toujours cette scansion du noir qui jaillit poudré au cœur du carré ouvert.
La charge des Jeunes dieux.
Ce silence, à nouveau.
Où le lieu prend place pleinement,
le paysage s'ouvre, vacille et espère.

PN.f.N.P.

(Philippe Neau, Fabienne Neau Papineau)

un espace pictural entre peinture, son et vidéo


Ma peinture se nourrit de la rencontre entre la couleur, le corps et son énergie, l’espace immédiat et environnant et les objets.
Ce que j’appelle objet : objets de l’atelier, de la maison. Objets de rebut. Objet aux formes incongrues. Objets aux formes simples et évidentes. Objets sans fonction car devenus inutiles. Objets qui « parlent », évoquent à la fois un rapport au quotidien, au réel et en même temps son inutilité immédiate et donc son pouvoir captateur ou imaginaire. Objets sourds. Objets surréalistes ? Oui un peu à la manière de certains assemblages de Joan Miro. Des objets étranges entre deux univers, entre deux.
Ces objets proviennent de mon quotidien. La maison, le jardin, l’atelier. Mais une fois dans l’atelier, ils rentrent dans la peinture comme aspirés. Ingérés, disparaissant tout en étant là. Ils dynamisent, percutent, rythment la vision. De cette rencontre ludique, la peinture devient assemblage. Moins sérieuse d’apparence car pleine de vie, insouciante, rapide et débordante. De l’énergie du jeu. Du vite fait, presque mal fait. Presque sérieusement mal fait comme certains singuliers de l’art dont parle Jean Dubuffet. Jeu, vivacité, énergie, puissance du faire. La peinture devient un lieu d’expériences entre surfaces et volumes, surfaces et espaces.
Parmi ces objets, l’élément sonore s’est infiltré. Ecoutant de la musique dans l’atelier, de fil en aiguille, le son a pris part au magma pictural. Son qui a oublié sa dimension illustrative. Plutôt un bruit, une énergie vibrante et atmosphérique provenant d’assemblage divers. Sons collectés puis malmenés par un logiciel, ils créent une ambiance qui intègre le spectateur à la peinture. Un son ample, sourd, rampant. Saturé et dégagé de sens mais entêtant.
Dans cet espace pictural l’image vidéo a pris place depuis peu et intègre le dispositif. Ces images viennent ponctuer, rythmer à leur manière les installations. Elles sont travaillées de façon à abolir l’aspect narratif et illustratif. Leurs surfaces étant assez opaques et pleines de textures. Des motifs cependant subsistent au même titre que les objets sont reconnaissables…. Leur présence permet de capter le spectateur et de l’englober.

le 3 mai 2011

vidéos 2 (notes)


les vidéos sont des extensions de ma peinture. elles sont parfois longues, parfois courtes. le point de départ a été la musique : je sautais sur un morceau de musique en entier (girls against boys et the young gods), comme une sorte de performance, seul, en direct… le son ambiant : la musique, ma respiration (ou plutôt mon essoufflement), les bruits ambiants (chaussures, pièces) participaient au rythme… le jeu avec mon corps, mon visage, leur déformation, le mouvement.
certaines sont courtes : en fait au départ par accident mais en même temps cette brièveté m’a permis de mettre à jour cette urgence, cette énergie… car en fait ce qui m’intéresse c’est bien l’énergie, l’urgence du faire, de l’acte, du geste.
certaines vidéos sont autre chose que de la musique : paysage, course, ciel, lumière… elles rejoignent des séries de photos (les nuages, le ciel) ou reprennent des idées de paysage qui ont toujours été en germe dans ma peinture et là je fabrique/colle du son avec pour créer une atmosphère… je fais aussi des bricolages sonores à base de samples et ensuite je mets des images dessus… toujours pour créer des atmosphères, pour permettre aux spectateurs d’entrer à l’intérieur.
parfois je cherche à faire des choses plus « pures » au niveau image et au niveau son ; parfois l’aspect bricolage revient, très présent, il brouille la chose pure comme si l’énergie était là latente et présente… j’apprécie le format court, plus concentré et plus mystérieux

espace "all around"


Mes installations cherchent à faire entrer le spectateur dans la peinture (« all around » disait Eric Troncy) comme lorsque je suis dans l’atelier en fait. Il y en a partout. En cours. Qui sèche. Accrochées aux murs, posées au sol… en attente, en cours, en fin de processus… Rangées au-dessus sur la mezzanine. Le son aussi emplit la pièce. Les mouvements, les allers-retours au dessus, l’énergie du corps. L’éparpillement au moment de faire… dans le train de faire….
Trouver cette ambiance, cette adéquation, ce passage en train de faire, ce moment de vie. Donner cette vision, ce ressenti. Sorte de panorama visuel, sensible.
D’ailleurs pour l’installation « on n’est pas des indiens » il y a en arrière plan une scène du film Dead man. Ou la poursuite du jardin du vent à Berck en 2000…
Pourquoi mon corps ? mon visage. Il y a une dimension autobiographique dans mon travail comme tout le monde mais ce n’est pas vraiment un autoportrait. Je suis acteur dans les vidéos au même titre que je suis celui qui peint. Je suis acteur de mes peintures… c’est moi, par mon corps que l’énergie passe, que la peinture existe. Et inversement. Ici mon corps outil. Outil énergique. Vivant. En mouvement. En changement.
Il y a une part d’autodérision mêlé à de l’introspection mais le jeu est plus fort. La peinture est avant tout un jeu. Du bricolage. Quelque part désactivé la part de sérieux inhérente à ce genre d’activité. Cela doit rester rigolo, expérimental. Ne pas oublier Dubuffet.
La peinture est avant tout de la couleur bleue dispersée sur une surface plus ou moins plane dans un espace à inventer autour de nous
N’est-ce pas Maurice Denis et Eric Troncy ?

avril 2010

vidéos 1 (notes)


9 avril 2009
pour la première vidéo : c'est juste un essai (un foirage d’un truc plus long) sorte d’auto filmage en effet ... l'idée c’est de rejoindre un univers musical passé ou présent dans ma tête, mon travail, ma peinture, qui m'accompagne donc ou m'accompagnait à un moment et de le rejouer, réactualiser de cette manière, le faire resurgir...
je fais des peintures en ce moment (une petite série) appelée "noise" qui est le nom d’une revue musicale existante que j’achète et je recopie la une dans des peintures... les noms des groupes s'inscrivent dans la peinture mais sont aussi noyés... illisibles quasiment...
j’ai fait aussi quelques peintures en mai juin juillet dernier reprenant dont les titres correspondent à des titres ou noms de groupes...
je me suis rendu compte que la musique avait disparu de l’atelier depuis 2 ans... un peu après notre installation à saint jean ... comme elle est un peu moins présente dans la maison... bref !
donc c’est un moyen de recoller tout ça ...
je compte en faire d’autres en exploitant mieux le filon adobe première... j’essaie de mettre en avant une énergie... bon il y a un coté ado ou vieux jeune c’est selon.... peut être pathétique? mais l’idée de l’effort, du saut, me plait bien... l’idée d’entendre mon souffle, mes chaussures, les pièces dans ma poche aussi... je cherche à brouiller les images car elles sont très anecdotiques... l’idée du spectre ou du fantôme me plait bien...
je cherche encore...
je ne sais pas du tout comment les montrer
j’ai déjà fait des autoportraits ridicules ... à la Sorin il y a15 ans ... au réveil... et même l’invention d’un double ... très métal !!!

par contre le triptyque est plus pensé et assumé en effet... la forme me plait bien et sur le net c’est facile et mieux... par contre en vrai j’avais été obligé de les mettre à suivre.... montage très complexe et je n’avais pas 3 vidéoprojcteurs....

Avril 2009 : vidéo
je me suis rendu compte que la musique avait disparu de l'atelier depuis 2 ans... peu après l'installation ici ... elle est un peu moins présente dans la maison... elle est toujours là présente, rampante... juste lui redonner sa place, son lieu...
trouver le rythme, l'allure... entrer dans la musique... faire corps... jouer avec les images, brouiller... lisible, visible, mal lisible... dans un entre deux... entendre la musique et le bruit du corps... télescopage...

décembre 2009
vidéo performance, longe/courte
je conçois les vidéos comme une extension de ma peinture… pas de séparation… elles sont parfois longue, parfois courtes… le point de départ en avril a été la musique… je sautais sur un morceau de musique en entier (girls against boys et the young gods)… comme une sorte de performance, seul, en direct… le son ambiant : la musique, ma respiration (ou plutôt mon essoufflement), les bruits ambiants (chaussures, pièces) faisaient partie du truc… le jeu avec mon corps, mon visage, leur déformation, le mouvement … pas loin d’un autoportrait en mouvement mais sans prétention descriptive, analytique, narrative… quoiqu’il y ait bien le jeu mais aussi le regard sur soi que je souhaiterai non pas narcissique mais humoristique, dérisoire… c’est vrai qu’à ce moment là, au moment des vidéos en avril, je pensais avoir déjà 40 ans… ma crise de la quarantaine était là…
puis certaines sont courts : en fait au départ par accident car j’ai du faire une ou deux erreurs de manipulations avec un logiciel de montage mais en même temps cette brièveté m’a permis de mettre à jour cette urgence, cette énergie… car en fait ce qui m’intéresse c’est bien l’énergie, l’urgence du faire, de l’acte, du geste…
puis après j’ai essayé en décembre de reprendre cela : le rapport corps/musique puis d’autres choses au fur et à mesure des gestes, des idées sont apparues
certaines vidéos sont autre chose que de la musique : paysage, course, ciel… elles rejoignent des séries photos faites cet été (les nuages, le ciel) ou reprennent des idées de paysage qui ont toujours été en germe dans ma peinture et là je fabrique/colle du son avec… créer une atmosphère…
je fais aussi des bricolages sonores à base de samples et ensuite je mets des images dessus… toujours pour créer des atmosphères, pour permettre aux spectateurs d’entrer à l’intérieur, éclairer le chemin…
je tourne, je filme autour de moi… la musique… l’atelier… la maison… le lycée… le jardin…
j’aime bien le format court… mystérieux… ou plus concentré…
parfois je cherche à faire des choses plus « pures » au niveau image et au niveau son ; parfois l’aspect bricolage revient et très présent et brouille la chose pure comme si l’énergie était là latente et présente…

juste une histoire d’énergie, de rapport au temps qui passe, « cours vite » disait l’autre… toujours plein de trucs à faire…

don't, don't believe the hype (exposition)

Les structures sont composées de bambou du jardin, matériau fin, simple et naturel, qui pousse près de l’atelier. Elles sont nées d’une série assez longue baptisée « Indian sessions » qui avait donné vie à une installation en octobre 2008, à Laval, dans les grandes immensités vides métalliques de la Socomam, intitulée « On n’est pas des indiens » où siégeaient de hauts tipis de toiles tendues au milieu d’objets peints éparpillés au sol et habités de musique.
Aujourd’hui les structures se font plus légères et aériennes, stables et instables à la fois, architectures éphémères tendues de gestes simples d’agglomérats et de ficelage. Comme s’il s’agissait de monter au plus vite en créant des tensions internes, des rythmes inégaux, des trames souples en toute liberté, de façon dynamique énergisant l’espace. Tout se joue de manière aléatoire, non préméditée, « pousse », s’avance, s’élance et s’échappe vers le haut. Forme, rythme et tension semblent venir d’une poussée intérieure, d’un mouvement ascensionnel inhérent, de cette fragilité naturelle qui gravite inéluctablement vers les cimes.
Réunies, les armatures dialoguent, se répondent, s’interpellent, créent leur espace, leur champ d’action où le spectateur déambule, hésite, et cherche à combler leur vide qui se cogne en écho aux fins morceaux peints tendus aux murs. L’environnement se fait léger, stable au sol et vacillant plus haut, à la fois fermé et ouvert, espace pénétrable, tout de bleu revêtu.

la peinture bleue

Les toiles de différents formats se mêlent aux multiples objets et matières naturelles ou plastiques du quotidien de l’artiste, noyés sous l’empreinte picturale à forte tendance bleue. La peinture ne se fait plus seulement en aplats, elle vit et prend forme sur tout ce qu’elle nourrit. Plus qu’un fond, elle redonne vie, plus qu’un masque, elle révèle. Elle est matière à elle seule.

Le peintre porte un regard empli de dynamisme, d’effervescence, de pleine jouissance dans l’éclat des matières liquides picturales grasses et suaves. Sa force d’évocation se dresse naturellement au cœur de la toile saturée, où tout semble jaillir de mille parts, éclater, exploser. Et si l’on discerne parfois des mots, des lettres ou de vagues tracés, ils font vibrer la toile d’une énergie psalmodiée. La peinture porte son rythme propre, à la fois pleine, rayonnante, lumineuse, elle est comme un concentré de nymphéas que l’enfant taquin se serait amusé à fixer longtemps en plissant les yeux. Elle est ce flou liquide, vaporeux, évanescent où l’on se noie sans savoir si nos poumons se remplissent d’air ou d’eau, sereinement comme si l’on se métamorphosait nous même dans un nouvel univers, une cosmologie de l’âme, une liquidité de tout notre être. Elle brouille non seulement l’espace puisqu’elle ne se restreint à aucun support, franchit toutes les barrières formelles, jaillit de toutes parts, mais elle anéantit aussi toute durée, confond matières nobles et futiles essences, faisant naître l’illusion d’une longévité. Si vous tendez l’oreille, vous sentirez vibrer la toile au rythme du pinceau, vous percevrez le rire joyeux du rond blanc obsédant, fascinant, libre et léger.



Fabienne Neau-Papineau, juin 2009
On n’est pas des indiens...

déposer les tipis-peintures, prendre possession de l'espace, planter les toiles, organiser le campement, disperser la couleur, le sol, les murs, aux 4 vents, chuchoter le bleu, psalmodier, attendre.

la peinture est là, partout. les tipis : un reste de jeu, un monde imaginaire. en quête. rythme et atmosphère.
mettre de la peinture partout. en désordre comme dans l’atelier. un campement en plein western. dans la tête, la scène de Dead man quand William Blake et Nobody arrivent au milieu du repas au milieu de la nuit étoilée. en musique de fond, Olivier Cadiot et Rudolph Burger : on n’est pas des indiens.

les tipis : en attendant Kiga. les couleurs et la peinture dégoulinent. être dedans.


Philippe Neau
16 octobre 2008

Du bricolage au son

Ma peinture se nourrit de la rencontre entre la couleur, le corps et son énergie, l’espace immédiat et environnant et les objets.

Ce que j’appelle objet : objets de l’atelier, de la maison. Objets de rebut. Objet aux formes incongrues. Objets aux formes simples et évidentes. Objets sans fonction car devenus inutiles. Objets qui « parlent », évoquent à la fois un rapport au quotidien, au réel et en même temps son inutilité immédiate et donc son pouvoir captateur ou imaginaire. Objets sourds. Objets surréalistes ? Oui un peu à la manière de certains assemblages de Joan Miro. Des objets étranges entre deux univers, deux eaux.

Ces objets proviennent de mon quotidien. La maison, le jardin, l’atelier. Mais une fois dans l’atelier, ils rentrent dans la peinture comme aspirés. Ingérés, disparaissent tout en étant là. Ils dynamisent, percutent, rythment la vision. De cette rencontre ludique, la peinture devient bricolage. Moins sérieuse d’apparence car pleine de vie, insouciante, rapide et débordante. De l’énergie du bricolage. Du vite fait, presque mal fait. Presque sérieusement mal fait comme certains singuliers de l’art dont parle Jean Dubuffet. Jeu, vivacité, énergie, puissance du faire. Joie. La peinture devient un lieu d’expériences de surfaces, de volumes.

Et puis vient le son. Non pas de la musique illustrative. Mais un bruit, des sons assemblés entre eux. Passés à la moulinette d’un logiciel, ils créent une ambiance, une atmosphère qui intègre le spectateur dans la peinture. Un son ample, sourd parfois, provenant de musique électronique. Bricolée, collée, bidouillée. Dégagée de sens mais entêtante.
La musique, celle de groupes obscurs, m’accompagne pendant la réalisation des peintures. Musique lourde, répétitive, rampante, rythmée en boucle, saturée. Parfois frontale, parfois étendue.

14 septembre 2008

de la peinture

Je range mon travail dans la peinture. Je suis peintre.

Je peins sur différents supports (toile sur châssis, toile libre, bois, carton, papier, objets... ). J’utilise de la couleur vive, saturée en qualité, en tonalité. Limitée dans leur nombre, la couleur est toujours « présente ». Le bleu domine ma production depuis 2001-2002 mais il est souvent placé, surtout depuis un an ou deux, en tension avec du vert ou du jaune.

Ce qui m’interpelle c’est l’énergie : celle du geste, de la couleur, du corps. Force de la couleur, puissance de la matière, amplitude du corps. Energie qui se répand et prend place dans l’espace : celui du support et celui du contexte immédiat. La peinture se fait envahissante. Elle devient installation ou environnement.

J’essaie de créer un univers. Un univers de bricolage, décalé, bigarré, vif, jeu/jouet, fait de mélanges, de rencontres entre matière et objets, peinture et lieu…

J’utilise des objets qui proviennent de mon quotidien, de l’atelier, de la maison… Porte, fenêtre, torchis, tasseaux de bois, planches, ardoises du toit, cailloux, tuyau, pantalon, chaussures, palettes, chiffons, pinceaux, pots de peinture, jeux des enfants (tente)… Je les intègre pour dynamiser ma peinture, l’ouvrir sur le monde, le corps, l’espace.

J’utilise du son, non pas de la musique, mais des fragments de morceaux que je coupe, découpe, colle, superpose… afin de créer une atmosphère. Atmosphère abstraite qui vient surligner ou amplifier et fait partie intégrante du dispositif pictural.

Je n’ai pas de propos particulier si ce n’est que la peinture elle-même à condition que celle-ci soit partout, envahissante, vivifiante… mur, sol, plafond… Occuper, le lieu, intégrer le spectateur, l’entraîner vers un ailleurs non figuratif.

Elle s’organise en série plus ou moins longue, se déroule autour de fils rouges, de « petites histoires » rêvées, qui se construisent au fur et à mesure. Flux et reflux, remix et sursauts… Lenteur et énergie.

Une peinture en dehors du châssis, à la rencontre du monde, des gens. Une peinture rêveuse, qui voudrait être prenante, « présente ».

31 août 2008


les objets...

les "objets" repérables dans mon travail que j'appelle "peintures" sont aussi là pour attester d'un ancrage dans le quotidien et le lieu qui est l'atelier... et quelque part "ma" réalité... et ils attestent de ma volonté de rester quelque part dans le jeu (formes, supports) au sens du bricolage.... quelque chose qui se nourrit de ce qui l'entoure, qui l'envahit, l'intègre, le rentre dedans mais ne l'annule pas forcément... et qui ne se prend pas trop au sérieux... enfin comme ça de visu.... c'est fait sérieusement mais je n'ai pas de discours sérieux au sens politique, socio... ce jeu, ce bricolage ... comme l'énergie de l'enfant ou de l'ado qui fait des trucs sans trop y penser...mais qui existent envahissent, cohabitent et en un espace (au sens lieu)...espace de peinture, lieu de peinture...
My own private blue soul


Voilà l'idée de départ, quelques éléments en photos... créer quelque chose en désordre, en chantier, comme si la peinture se faisait ou que l'on est dans l'atelier... la peinture est là, partout. la tente ou plutôt le tipi... un reste de jeu, un monde imaginaire... trouver un rythme, une atmosphère... importance du son, de la lumière... être dedans.

Transporter l'atelier. le chantier. le désordre. mettre de la peinture partout. sorte de western. dans la tête, la scène de Dead man quand William Blake et l'indien arrivent au milieu du repas des trois paumés. en musique de fond, Vic Checnutt. wondering a new country side. le tipi. les couleurs. la peinture. dégoulinent. en attendant Gasio...

Déposer le tippi-peinture, prendre possession de l'espace, planter les toiles, organiser le campement, disperser la couleur, le sol, les murs, aux 4 vents, allumer l'intérieur, chuchoter le bleu, psalmodier, attendre.
Para-site

Voir, mal voir ou ne pas voir ma peinture. Jouer sur l’accrochage (ce n’est pas au mur, poser au sol). Sur ce que l’on voit : le tableau, les couleurs (c’est retourné). Installer au sol la peinture : des boîtes, des petites voitures, des cailloux, des morceaux de bois, du papier, des couleurs, des taches, de la peinture… Le « tapis de peinture » cache ce qu’il supporte habituellement. Retour à l’envers. Derrière les toiles, les autres peintures attendent, se cachent, s’accumulent, grimpent au mur… Le son est plus dur, répétitif, bruyant. Les lumières des gyrophares appellent les regards du spectateur… Endroit/envers, dessus/dessous, recto/verso, montrer/cacher… Jouer avec la peinture, le visible, le spectateur.
Besoin d'air

Besoin d'air... Une peinture installée, un ensemble de peintures au mur, au sol. Une grande toile, les restes de fenêtres de l'atelier, le tippi des enfants, un drôle de tuyau, une luge/outil à filer trouvée dans la maison, des bouts de palette, des cartons, des restes de peinture, du bois peint... un bric-à-brac. Idée de désordre, un parcours visuel. Du corps. Une petite musique passe en boucle. Une immersion, de la lumière, de la peinture. Au grand air, atmosphair...
Living soul

tout a commencé par une chanson du dernier album de Gorillaz que je me passais en boucle. « last living soul » est devenue une série de peintures sur papier. avec en tête une idée d’âme… une âme… une force… une énergie… une puissance… d’autres peintures en août sont revenues sur cette idée d’âme… force… soul… vibes… puissance… ma peinture est positive. énergique. elle envahit le sol. le mur. la toile. le papier. dedans. dehors du cadre. grâce à la couleur forte et aux gestes vifs et saccadés le spectateur peut entrer en elle. la musique ajoute à cet aspect global une énergie nouvelle. la couleur envahit. la couleur s’installe.
« Et au milieu coule une peinture … »


Le promeneur déambule dans un ensemble, un tout cohérent où la peinture le plonge dans la matière, les formes, le geste, les effets, la couleur, variant ses différents points de vue.
Il nage dans cet espace saturé de bleu, de rouge, de jaune, couleurs primaires et matières originelles où tout le pousse entre fluidité et épaisseur dans le dynamisme d’une gestuelle effervescente née à même le sol.
Dans ce rebondi de bulles d’air, d’arrêtes cubiques, d’étoiles festives, la peinture s’exprime sur châssis et toiles libres, se libère des contraintes, exhibe sa fragilité de papier, son énergie créatrice.
Eléments naturels par excellence, eau et air, ainsi évoqués, se côtoient dans un bonheur et une sérénité irradiante pour une vision ludique, poétique et positive du monde qui nous entoure.
Muori…

Bleu. De bleu en bleu. D’un bleu à l’autre. Présence avérée du bleu. Bleu : la couleur, ici, là. Bleu comme l’espace. L’azur du ciel. L’air bleuté. La mer cobalt. Etendue bleuâtre. L’immensité bleuté.
Voilà trois ans que je peins en bleu. Du bleu. Avec du bleu. Pour du bleu.
De série en série, cette couleur domine. Je navigue en bleu. Voyage en bleu. Navigation dans les formats traditionnels. Carrés, rectangles. Navigation sur le papier, la toile. Navigation hors de l’espace du tableau. Au sol, au mur, au plafond. Pour parfois s’élever au ciel.
J’ai trouvé une île, Muori, au milieu de cette immensité bleue. Une île où les couleurs réapparaissent, jaillissent, vitalisent, dynamisent le bleu. Jaune. Rouge. Orange. Violet.
Ile au milieu du bleu.

Philippe Neau
le 23 octobre 2003

cars rapides, toubabs, envol

Présentation du travail


Une peinture rêveuse. Elle s’organise en série, suite dynamique ou déclinaison colorée. Flux mis en espace. Elle rebondit sur elle-même. La couleur chante. Juxtaposée ou seule. Les couches contrastées ou successives créent une dynamique, une saturation. Surfaces gestuelles. Dimension énergique. Des signes figuratifs dansent. Simples graphies pour assurer un rythme. S’ajoutant, se superposant à la puissance de la couleur. La peinture envahit la toile. Le mur. Elle s’étale, s’épanche, s’écoule. Sereinement, joyeusement.


Cars rapides (2000)

La série « cars rapides » fait référence à la multitude des voitures-taxis sénégalaises bigarrées, bariolées, cabossées. Voitures qui inondent les villes et les campagnes africaines dans une confusion de couleurs. Rythme dense et incessant. Agitation, circulation. Le motif est répété. L’espace du regard saturé. La couleur fait bruit. Densité, mouvement. Tout va vite. Cela déborde, envahit le mur.

Toubab, baobab (2000-2001)

Série sénégalaise « toubab, baobab ». Appel de sonorités. Associations mentales. En langue wolof toubab désigne le Blanc. Série de tableaux née de contraintes : un fond uni, trois fenêtres carrées, le titre inscrit sur la surface. De ces limites s’épanouit la peinture. Jeu de couleurs, de formes, de motifs qui viennent de dessins réalisés lors de ce voyage. La voiture, l’arbre. La couleur terre des routes. Couronne, poissons, étoiles. Rythme intérieur. Rythme extérieur. Dedans, dehors. Va et vient. Le tableau s’ouvre.

Envol (2003)

Peinture légère, réalisée avec des cerfs-volants « combattants » pakistanais. Un cercle. Un rythme. Le vol. Bouts de papiers colorés pour ponctuer. Fragments de surfaces. Cercle bleu. Bleu du ciel. Rythme. Envol, vol. Jaune du basant, la couleur du printemps. Ça tourne. Sur le mur.

une peinture rêveuse


Une peinture rêveuse, colorée et dynamique.
Elle s’inscrit sur du bois, du carton, du papier ou de la toile. Elle s’organise en série plus ou moins longue. Ce sont des sortes de déclinaisons qui permettent la mise en place d’éléments qui viennent en prolongement ou qui permettront un développement. Le travail rebondit sur lui-même.
La couleur caractérise cette peinture. Couleur vive, franche. Couleurs juxtaposées ou couleur seule. Son emploi par opposition ou par couches successives permet de donner au support une dynamique le révélant, le saturant.
Des signes reconnaissables sont présents. Signes simples pour affirmer un rythme. Mais ils sont pris dans la couleur, englués. Ils s’ajoutent, se superposent à la saturation de la couleur.
La peinture envahit l’espace de la toile ou du mur. Parfois elle s’étale, dégouline, déborde. Elle cherche à créer son propre espace. Le mur et le sol sont parfois sollicités. Cela peut conduire à de petites peintures en volume qui prennent place au sol ou encore à des installations dans lesquelles le regardeur peut déambuler. Le son et parfois la vidéo retravaillée, en vue d’une saturation maximale de la couleur, complètent cette peinture.

Philippe Neau, 2002

L’ère des voitures (mai 2001)


Sous titre : Les voitures avancent en ordre dispersé ?????

6 cartons peints,
x petites peintures-voitures
1 K7 : sons radios, trompette Truffaz, guitare Pat Methany, Rockers Hi Fi remix….

Installer l’ensemble au sol.
Les 6 cartons. Trouver une dynamique au sol. Rythme / articulation.
Les petites peintures au sol et au mur, bas du mur. Elles gravitent autour du centre. Il y en a partout dans la salle, qui annoncent le « voyage ». Celles du sol marquent le lieu.
Le son : c’est celui qui pourrait y avoir dans une des voitures . J’ai voulu retrouver le bruit, le brouhaha d’une radio dans un taxi brousse… Souvenir de sons. Souvenirs de voyages.
C’est pour cela que cela s’appelle l’ère des voitures. L’ère comme le début ou la trace de leur existence. Elles prennent place dans le lieu. Au sol. Occupation du sol. Du bas des murs. La penture est en bas… Il faut se baisser pour la regarder. Mais l’ère comme aire c’est-à-dire comme espace de jeu. Le regardeur est à l’intérieur d’un espace. Un espace de peinture où les motifs sont reconnaissables. La voiture.

sans titre, puzzle (janvier 2001)


Ou Vert I, Vert II, Vert III, Vert IV

Au début j’étais parti – revenu – avec les fonds verts. Le silence et les cerfs-volants. Puis la rencontre Toubab-baobab est survenue pendant l’été : saturation, voitures, couleur orange nouvelle, tête de mort en ballade (enfin une seule). Là encore je me décidais pour un hommage à Francis Bacon, comme cela en regardant la télé… Le polyptyque et les espaces géométriques correspondant et variables comme le demi-cercle… et l’espace tralalalalalalaa !
En écoutant Dub Club 2000 + 1 : au jour d’aujourd’hui c’est 2001. Je suis parti pour autre chose à la recherche d’un certain silence. Oublié les toubab – baobabs sympas. A bientôt Francis Bacon (qui déconne ?). En route pour la tartouille, ou – ouille, ouille !
Et puis après, j’ai fait un puzzle. Puis défait. Je me suis pris pour Mirō : Vert I, Vert II, Vert III, Vert IV. Peintures abstraites. Pleines, pleines de silence. Silence, elles tournent…
Les « pensées bêtes »

Point de départ . Point de retour. Sans arrêt un aller / retour entre le passé et le présent. C’est un lien. Lien qui nous retient, nous unit, nous conditionne pour ne pas la perdre … et perdre la tête parfois. Alors on se construit des pense-bêtes, pour ne pas oublier qu’on a de la mémoire. Signe visuel et mémoire de l’esprit.
Je me suis dit que les pense-bêtes étaient en quelque sorte des « pensées bêtes » : pour ne pas oublier que l’on doit faire quelque chose, dire quelque chose.
Moi mes « pensées bêtes » concernent mon environnement : ce que je lis, ce que j’entends, ce que j’écoute, ce que je vois, ce que je pense, … elles me traversent l’esprit, vite. Elles fusent. Incroyable. Je les transcris. Moins vite. D’où une sélection.
Comme le travail est répétitif … Ecrire, répéter la même phrase, le même début, à peu près, des « surtout pas », l’esprit s’occupe, gamberge, divague. Pour ne pas oublier ce que j’ai pensé à l’instant, à l’instant du faire, de la peinture. Surtout pas.
Comme toutes ces actions, faits et gestes du quotidien : se lever, manger, se laver, s’habiller, écouter les nouvelles à la radio, aller au travail … C’est quasi machinal, on le fait par habitude. J’ai choisi de filmer un de ces moments là, le chemin de chez moi au lycée, du lycée à chez moi. Ce n’est pas long. C’est répétitif. Tous les jours. Quatre allers et retours par semaine. Pour ne pas oublier ce rythme là. Et le relier à celui de la peinture. Question de rythme, de temps, de vie … Constat simple et ironique. Le film est montré en boucle avec un effet au montage afin de lui donner une texture et éviter une impression de documentaire.
Les trente-deux « pensées bêtes » sont accrochées au mur. L’écran est posé au sol, avec des vêtements – ceux du peintre : ses chaussures et son pantalon -, du matériel de peinture (pinceaux, pots) et des traces de peinture bleue, blanche, grise … comme si tout avait été fait sur place. Impression de vie, fugace et poétique.